Première en France: une caisse de sécu demande 18,66 M EUR aux cigarettiers SAINT-NAZAIRE (Loire-Atlantique), 28 mai (AFP) - Pour la première fois en France, une caisse primaire d'assurance maladie (CPAM), celle de Saint-Nazaire, va demander lundi à la justice de condamner les fabricants de cigarettes à payer près de 18,66 millions d'euros pour avoir porté préjudice à la santé de ses assurés. Le procès intenté au tribunal de grande instance contre Altadis (ex-Seita), Philip Morris, JTI-Reynolds et BAT-Rothmans marque une première défaite des cigarettiers, qui contestaient depuis 1999 le droit de la caisse à agir contre eux. La CPAM a été confrontée à "un mur d'argent procédural" : elle a dépensé plus de 80.000 euros depuis 1999 pour faire enfin valoir qu'elle "représente les intérêts des consommateurs", en particulier les jeunes et les populations précaires, selon son président Guy Couillaud. La caisse a évalué à 18.658.908 euros le préjudice subi depuis le 1er avril 1997 par 1.435 personnes souffrant de cancers broncho-pulmonaires, de cancers du larynx et de la glotte, d'artériopathies des membres inférieurs voire, bien souvent, de la combinaison de plusieurs de ces affections. Elle réclame en outre que les prévenus lui versent ensemble plus de 3,6 M d'euros par an "tant que leurs cigarettes n'offriront pas au public la sécurité à laquelle il peut légitimement prétendre". Le montant des amendes éventuelles devrait servir à renforcer les nombreuses actions de prévention anti-tabac de la caisse, a indiqué M. Couillaud. "Il s'agit de faire payer, pour les dommages qu'elle cause, une industrie délinquante, déjà condamnée 80 fois en France pour détournement de la loi Evin", a annoncé à l'AFP Me Francis Caballero, l'avocat de la CPAM. "Jusqu'à présent, le coût était réparti entre les consommateurs, la Sécu et l'Etat", a poursuivi l'avocat, qui représente également le Comité national contre le tabagisme (CNCT) depuis 15 ans. Selon Me Caballero, le procès ne vise pas à interdire le tabac, mais à combattre la dépendance: "l'enjeu, c'est le paquet de cigarettes de l'avenir, qui procurera au fumeur la connaissance et l'aide nécessaires pour s'arrêter de fumer à temps". La CPAM demande que les cigarettiers proposent gratuitement aux consommateurs des structures de dépistage des maladies liées à la fumée, et qu'ils prennent en charge le coût des tentatives de sevrage. Ces mesures ne coûteraient, affirme la caisse, qu'une "goutte d'eau dans un océan de profits." Face à la CPAM de Saint-Nazaire, les fabricants devraient à nouveau contester le lien de causalité entre la vente de cigarettes, le tabagisme et ses conséquences. Elles mettront en avant la liberté du consommateur adulte, suivant une rhétorique éprouvée. Hasard du calendrier, le procès de Saint-Nazaire va suivre de quelques jours l'annonce de nouvelles mesures anti-tabac par le ministre de la Santé Jean-François Mattei, dont une forte hausse du prix des cigarettes. Aux Etats-Unis en revanche, où les procès anti-tabac sont légion, les grands industriels ont remporté une victoire judiciaire importante le 21 mai, en obtenant l'annulation en appel d'une amende de 145 milliards de dollars dans le cadre d'une plainte en nom collectif instruite en Floride. Philip Morris et Reynolds, également mis en cause à Saint-Nazaire, faisaient partie des cinq accusés. Le tabagisme est responsable de près de 60.000 décès par an en France, dont un nombre croissant de femmes.
ericjeanloicbreton, 2003-05-28 12:52:39
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EarthLink intègre nouvelle fonction pour bloquer courriels indésirables WASHINGTON, 28 mai (AFP) - Earthlink, un des principaux fournisseurs d'accès à l'internet aux Etats-Unis, a intégré dans son service une nouvelle fonction pour empêcher les courriels indésirables ("spams") d'atterrir dans les boîtes aux lettres électroniques de ses abonnés, a annoncé mercredi la société. Le 'spamBlocker', offert gratuitement aux abonnés de Earthlink, va "éliminer virtuellement 100% de tous les spams", affirme le fournisseur d'accès dans son communiqué. Cette technologie est intégrée dans le logiciel TotalAccess version 2003 d'EarthLink et peut également être téléchargée sur l'internet. "Avec le lancement de spamBlocker, les abonnés de EarthLink peuvent reprendre le contrôle de leur boîte aux lettres électronique et recommencer à apprécier le temps passé en ligne", a déclaré Rob Kaiser, responsable marketing de EarthLink. Quand un courrier électronique est envoyé à un abonné utilisant le spamBlocker, le système renvoit automatiquement à l'expéditeur une courte fiche à remplir avec un mélange de lettres et de chiffres pour s'assurer qu'une personne est à l'origine du courrier électronique et non un système informatisé. Si l'expéditeur du courriel ne remplit pas la fiche, le courrier est automatiquement mis dans un dossier de courriers électroniques suspects, à charge pour l'utilisateur de faire le tri. La vérification de l'identité de l'envoyeur ne se fait qu'une seule fois. Comme ses rivaux Microsoft, Yahoo et America Online, EarthLink a investi des millions de dollars pour développer des logiciels pour bloquer les "spams", sans grand succès jusqu'à présent. Ces courriels non sollicités représentent 40% du courrier électronique. Mais le lancement du spamBlocker est obscurci par les accusations de violation de brevets émises par la petite société MailBlocks contre EarthLink. MailBlocks, spécialisée dans les services de courrier électronique basés sur le web, estime que le logiciel de EarthLink viole deux de ses brevets pour sa technologie contre les "spams". Par ailleurs, le fournisseur d'accès a annoncé sa participation à l'alliance créée en avril par AOL, Microsoft et Yahoo pour combattre les "spams". EARTHLINK MICROSOFT YAHOO! AOL TIME WARNER
ericjeanloicbreton, 2003-05-28 12:50:22
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Faut-il juger l’armée américaine ? "The Guardian", Londres Une plainte pour crimes contre l’humanité a été déposée contre Tommy Francks le 14 mai devant la justice belge. Pour le "Guardian", c’est l’occasion de relever les méfaits des armées alliées. Figurez-vous qu’il se passe des choses intéressantes en Belgique. Mercredi 14 mai, un avocat spécialiste des droits de l’homme et plusieurs procureurs fédéraux ont porté plainte contre le commandant des forces américaines en Irak, Thomas Franks, pour crimes contre l’humanité. Il n’existe en effet aucun autre recours légal auprès de la justice belge pour obliger le gouvernement américain à rendre compte de ses agissements. Dans ce pays, la loi dite de “compétence universelle” permet de juger des étrangers pour crimes de guerre, quel que soit l’endroit où ces crimes ont été commis. La plainte a été déposée au nom de 17 Irakiens et 2 Jordaniens. Mais elle a peu de chances d’aboutir, le gouvernement belge s’étant empressé début mai d’amender cette loi. Le 20 mai, la Belgique a d’ailleurs décidé de renvoyer la plainte aux autorités américaines, coupant court de facto à toute procédure. Pour en revenir au général Franks, il fait l’objet de quatre types d’accusations : usage de bombes à fragmentation, attaques perpétrées contre des civils, destruction d’infrastructures vitales pour la santé publique et non-intervention lors des pillages d’hôpitaux. De nombreuses preuves viennent étayer ces accusations. D’abord, Les forces américaines ont largué par avion environ 1 500 bombes à fragmentation, et l’artillerie en a tiré un nombre inconnu. Les troupes britanniques en ont, pour leur part, tiré 2 100. Pour mémoire, chacune de ces bombes libère plusieurs centaines de minibombes qui à leur tour explosent en projetant des éclats d’obus. Durant la guerre, ces armes ont tué entre 200 et 400 civils irakiens et celles qui n’ont pas explosé continuent de tuer, notamment des enfants. Or les effets de l’utilisation de ces armes dans les zones résidentielles étaient prévisibles et même prévus ; leur usage constitue donc une violation du protocole additionnel II des conventions de Genève, qui interdit de porter atteinte “à la vie, à la santé et au bien-être physique ou mental” des non-combattants. De plus, et à plusieurs reprises, les troupes américaines ont ouvert le feu sur des civils non armés. A Nasiriyah, ils ont tiré sur tous les véhicules qui s’approchaient de leurs avant-postes, tuant 12 civils en une seule nuit. Ils ont également tué 15 civils en deux jours sur un pont situé aux abords de Bagdad. Le mois dernier les soldats américains ont ouvert le feu pour disperser des manifestations pacifiques à Mossoul, où ils ont fait 7 morts, et à Falloujah, où 13 personnes ont été tuées et 75 autres blessées. Tous ces actes constituent des violations caractérisées de la quatrième convention de Genève. Autre fait accablant : en bombardant les lignes électriques alimentant des centres de traitement de l’eau, les forces armées ont délibérément détruit des infrastructures civiles, menaçant d’entraîner des épidémies de choléra et de dysenterie. Or le protocole II interdit aux troupes d’attaquer “les biens indispensables à la survie de la population civile, [comme] les installations et réserves d’eau potable.” La quatrième convention stipule également que les forces occupantes ont le devoir “d’assurer et de maintenir [...] les services médiaux et hospitaliers, la santé publique et l’hygiène sur toute l’étendue des territoires occupés”. Mais lorsqu’on a demandé à Ronald Rumsfeld pourquoi ses troupes n’étaient pas intervenues lors des pillages des bâtiments publics, il s’est contenté de répondre : “Ce sont des choses qui arrivent. Une fois libres, certains choisissent de faire des erreurs ou de commettre des crimes.” A ce jour, de nombreux hôpitaux sont fermés ou manquent cruellement de matériel. A plusieurs reprises, les soldats américains ont tiré sur des ambulances irakiennes, tuant ou blessant leurs occupants. Ils ont aussi fait feu sur les équipes médicales qui venaient récupérer les morts et les blessés lors de la répression des manifestations de Falloujah. D’après les conventions de Genève, cela constitue, purement et simplement, des crimes de guerre. “Les unités et moyens de transport sanitaires seront en tout temps respectés et protégés et ne feront pas l’objet d’attaques.” En d’autres termes, les forces américaines ont pris des raccourcis avec la morale pour arriver à leurs fins. Certains leur ont permis d’achever cette guerre plus rapidement - aux dépens de la population civile. Mais à maintes reprises, et parfois systématiquement, les soldats américains ont enfreint les lois qui régissent la guerre. George Monbiot
ericjeanloicbreton, 2003-05-28 12:43:32
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ETATS-UNIS La lutte des sexes sur les terrains de sport Pour la première fois depuis cinquante-huit ans, une femme a obtenu de participer au tournoi très coté de golf masculin de Fort Worth au Texas. Elle est un exemple parmi d’autres de l’entrée des femmes dans un monde où la mixité n’existe pas. “Annika Sorenstam est une Tiger Woods au féminin”, titre le “Christian Science Monitor”, qui explique ainsi l’intérêt porté à l’une des plus grandes championnes de golf de tous les temps. “Annika Sorenstam veut contredire les experts qui pensent que les femmes sont physiologiquement incapables de rivaliser avec les hommes”, ajoute le “New York Times”. Aux Etats-Unis, le débat sur la participation des femmes à des compétitions masculines est ouvert. “Il y eut une époque où l’on considérait que, pour des raisons physiques, les Noirs américains ne pouvaient pas concourir avec des Blancs, le problème se pose aujourd’hui de la même façon pour les femmes”, explique le “Los Angeles Times”. “Il y a quelques mois, des Canadiennes ont joué pour la première fois dans un tournoi de hockey sur glace en Finlande”, précise le “Los Angeles Times”. “En décembre 2002, Katie Hnida a été la première femme à faire partie d’une équipe de football américain, au Nouveau Mexique. Quant à Ila Borders, elle a été la première à rejoindre une équipe de base-ball professionnelle”, ajoute, entre autres exemples, le “Christian Science Monitor”. Les sportives de haut niveau qui demandent à participer à des compétitions masculines ne sont pas des féministes qui se battent pour l’égalité des sexes, loin de là. Toutes expliquent que leur principale motivation est de progresser et de trouver de nouveaux challenges. “J’aime avant tout la course automobile, que j’ai découverte quand j’avais cinq ans, et je n’ai pas le choix ; je cours contre les hommes puisque les femmes sont absentes des circuits”, explique la championne Sarah Fisher, seule femme à participer à la course mythique des 500 miles d’Indianapolis. Les réactions ne se sont pas fait attendre. Si les femmes applaudissent et saluent le courage de celles qui veulent s’imposer, les hommes sont plus nuancés et la plupart sont attentistes. Certains sportifs cependant ont déjà annoncé leur retrait des compétitions si des femmes y participaient. Les médias quand à eux sont les grands gagnants. En effet, l’intérêt pour le sport dans son ensemble est relancé et les journalistes accourent. Ils étaient 600 la semaine dernière à venir voir Annika Sorenstam jouer et perdre. Anne Collet, © Courrier international
ericjeanloicbreton, 2003-05-28 12:41:38
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DÉCRYPTAGE La télévision, arme de guerre Le Canadien Marshall McLuhan fut le prophète mondial des médias dans les années 60. Et son oeuvre est toujours d’actualité pour comprendre et interpréter le rôle de la télévision dans la deuxième guerre d’Irak. Il a forgé le concept de «village global», constaté que «le média est le message» et distingué deux sortes de médias, les chauds et les froids. Avec ses deux oeuvres majeures — «La Galaxie Gutenberg» et «Pour comprendre les médias» — le chercheur canadien Marshall McLuhan, mort en 1980, a été «un prophète des années 60», affirme «The New York Times». Et ses «prédications» d’alors sont plus que jamais d’actualité, estime le quotidien. En particulier, elles se révèlent bien utiles pour jeter un nouveau regard sur la deuxième guerre d’Irak. «Le coup de génie de McLuhan est d’avoir su ancrer sa théorie dans les sens humains et donc de concevoir les médias comme une extension du corps humain, le livre comme un prolongement des yeux, la radio comme continuation des oreilles...», estime «The New York Times». En ce sens, il concevait même une arme comme un média ! Le Canadien séparait les médias en deux genres : les chauds, comme le texte, qui donne des faits et laisse peu de place à l’interprétation ou à la participation. Les froids, qui font l’inverse. En outre, il croyait que chaque nouvelle technologie transformerait l’humanité et la traumatiserait. «Nous créons nos outils, et nos outils nous créent», affirmait-il. Par exemple, il écrivait en 1964 que «les villes constituent un bouclier collectif, une armure, une extension de notre peau». La télévision, un média froid Et dans le désert irakien, reprend le journal de la Grosse Pomme, «les chars qui roulaient étaient des extensions de nos jambes, les bidules pour voir la nuit des prolongements de nos yeux». Et les caméras embarquées ? Marshall McLuhan percevait la télévision comme un média froid, notamment parce que ses images de faible qualité laissaient selon lui beaucoup de place à l’interprétation. «Il n’a pas connu la haute définition», lui pardonne «The New York Times», et à y bien penser «les mauvaises images envoyées d’Irak correspondent bien à sa définition.» «Alors, quand un média froid comme la télévision est attaché à une arme chaude comme un char, il exerce un invraisemblable pouvoir sur son auditoire», constate «The New York Times». «D’un seul coup, chaque spectateur est projeté dans la guerre : s’il y a une tempête de sable, celui qui regarde sa télévision ne peut voir mieux que les troupes ; si les combats sont faciles, le public peut croire que la guerre sera rapide et facile ; si la caméra est attachée à une ‘bombe intelligente’, le spectateur est la bombe !» «Téléspectateur» McLuhan avait parfaitement saisi l’importance de ce genre d’expérience «télévisuelle tactile». Il avait notamment observé un étrange effet lors d’une opération projetée en gros plan et en direct à des apprentis chirurgiens. «Les étudiants perdaient le sentiment de regarder pour celui d’opérer, écrivait-il. Ils avaient l’impression de tenir le scalpel.» De la même manière, relève «The New York Times», avec la guerre télévisée, «le téléspectateur devient membre de l’armée d’invasion». Même le service météo a participé à l’illusion : «Il donnait deux bulletins : soleil sur New York, tempête de sable à Bassorah.» Mais alors que «le public devenait membre de l’armée, l’armée devenait membre de le public. Dans un avion transporteur de troupes, des soldats regardaient CNN pour savoir comment se déroulait le conflit.» Et le journal d’enfoncer le clou : «On ne sait plus qui est acteur, qui est spectateur. Et cette histoire de journaliste «embedded» (enrôlé, embarqué) a porté la confusion à son comble.» Les caméras sont des armes Or, durant la deuxième guerre d’Irak, l’image a été primordiale. «Si Saddam Hussein pouvait se montrer à la télévision comme étant encore le chef, il était encore le chef. Si les Etats-Unis pouvaient montrer au monde qu’ils étaient en train de gagner la guerre, ils étaient en train de gagner la guerre.» Un spécialiste de McLuhan a fait remarquer que dans un univers rempli de satellites, la planète devenait une scène, et que l’expression «théâtre des opérations» était alors à prendre au sens propre. «Voilà quarante ans, remarque «The New York Times», Marshall McLuhan notait que la guerre était de moins en moins ‘chaude’, s’éloignait des chars et des soldats pour rejoindre une version plus froide, plus ‘participative’ pour le public. C’est ainsi qu’il comprenait la notion de guerre froide, qu’il décrivait comme ‘une bataille électrique d’informations et d’images’.» Et le quotidien de conclure : «Les caméras sont des armes, et ce n’est pas par hasard que dans son ouvrage ‘Pour comprendre les médias’ McLuhan mettait le chapitre armement juste après celui consacré à la télévision. La bataille en Irak a été menée avec des armes froides montées sur des armes chaudes. C’est maintenant la guerre tiède dans le village global.» Eric Glover © Courrierinternational.com
ericjeanloicbreton, 2003-05-28 12:40:35
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L'Express du 29/05/2003 Rainier, prince patron de Monaco par Roger-Louis Bianchini A 80 ans, le monarque monégasque règne toujours, par la grâce de Dieu. En un demi-siècle, veillant à tout, il a fait de son ingrat Rocher une «machine à sous». Une super-PME qu'il gouverne avec ruse et fermeté © J.-P. Muller/AFP Prince Rainier. Le prince Rainier fête ses 80 ans, le 31 mai. Et il n'est pas décidé à dételer. A ceux qui s'étonnent qu'il n'ait pas encore abdiqué en faveur de son fils, les initiés répondent: «Il suit la tradition qui veut que la succession chez les Grimaldi soit strictement liée à la disparition du souverain: ce que Dieu a fait, seul Dieu peut le défaire.» C'est bien l'unique domaine dans lequel le prince de Monaco laisse la main à Dieu. Car cet homme qui a complètement changé la vie et l'économie de ce qui n'était qu'un rocher pelé quand il a commencé à régner en 1949 est parvenu, deus ex machina, à hisser la principauté au rang des petits paradis. Monaco n'est plus seulement un mirage pour midinettes et affairistes, c'est devenu le refuge des stars du sport et du show-business, une bulle glamour, romanesque, prospère et pas toujours très claire, mais, surtout, une entreprise à succès, la réussite d'un homme ambitieux. «Quand on est reçu en audience privée, il faut faire attention à ses chaussures. Il convient qu'elles soient soignées. C'est la première chose que Monseigneur observe chez son visiteur. Un test, en quelque sorte», raconte un habitué du palais princier. L'anecdote n'est pas anodine. Elle montre que l'on peut être un élu de Dieu et s'attacher à la matérialité des choses. Les petites comme les grandes, mais on y reviendra. Car, pour comprendre le comportement du prince Rainier, sa détermination dans la conduite de ce qu'il appelle lui-même «un grand petit Etat», on ne doit pas négliger ce qui guide toutes ses actions: la conviction intime et inaltérable qu'il est prince de droit divin. «Rainier III, par la grâce de Dieu, prince souverain de Monaco. Avons sanctionné et sanctionnons»: la formule n'a jamais été, pour lui, de pure rhétorique. Elle figure en tête des ordonnances souveraines signées de sa main sans lesquelles lois, nominations, naturalisations et autres décisions de quelque importance ne peuvent tout simplement pas exister. Profondément croyant, le prince Rainier a tenu à ce que le catholicisme soit institué religion d'Etat dans la Constitution de 1962, la première qu'il a inspirée durant son règne. Et, s'il fallait apporter une preuve supplémentaire de cette croyance en une investiture divine, il suffirait de citer la devise des Grimaldi: Deo juvante - Avec l'aide de Dieu. C'est ainsi, d'ailleurs, qu'il a baptisé son bateau personnel. Le fait est qu'il a su, seul maître à bord, fort de la bénédiction du ciel et armé de l'inépuisable arsenal des ordonnances souveraines, éviter tous les écueils et résister aux «grains» qui ont secoué, récemment encore, le navire monégasque. Albert prend le ballon par Roger-Louis Bianchini Premier fief pour le prince héritier: l'AS Monaco Tandis qu'il déléguait au prince Albert toutes les missions extérieures, Rainier a continué de diriger, seul, les affaires intérieures et les relations franco-monégasques. Mais ce comportement autocratique s'est infléchi ces deux dernières années. La maladie, d'une part, l'a contraint à se ménager. Il a mis fin, par exemple, aux audiences hebdomadaires qu'il accordait à chacun des conseillers (ministres) avec lesquels il évoquait, en tête à tête, les sujets relevant de leurs compétences respectives. Et, d'autre part, il a commencé à associer le prince Albert, d'abord à l'étude des dossiers puis à la prise de décision. L'affaire de l'AS Monaco FC est, à ce titre, significative. Le club de football cher aux princes s'est retrouvé en début d'année avec des difficultés financières susceptibles de mettre en péril la présence de l'équipe en Ligue 1. Son président, le Dr Jean-Louis Campora, a présenté comme repreneur la société Fedcominvest dont l'un des sièges sociaux se trouve depuis avril 1996 à Monaco et qui, spécialisée dans l'industrie des engrais minéraux des pays de l'ex-URSS, ne brillerait pas par sa transparence. Ce qui ne l'a pas empêchée de s'afficher sur les maillots des joueurs de Monaco et sur les panneaux publicitaires du stade Louis-II. La couleur de l'argent, c'est en tout cas l'argument avancé, en coulisses, pour justifier le veto opposé à l'entrée de Fedcominvest et de son président Alexeï Fedorichev dans le capital du club. En la circonstance, Rainier aurait suivi l'avis d'Albert en désavouant celui qui était encore le président du Conseil national. Une décision comprise comme la manifestation de la présence du futur souverain au poste de pilotage: une grande première à Monaco. Rainier est habité par l'obsession de consolider la souveraineté de Monaco. Plus particulièrement envers la France - le «grand pays voisin et ami», selon la terminologie officielle, mais qui reste, en vérité, du point de vue du Rocher, un encombrant tuteur. Le 11 septembre 1944, alors qu'il n'est pas encore le souverain, il rend publique une lettre adressée au gouvernement français dans laquelle il réclame le départ du ministre d'Etat qui administre la principauté, trop zélé à l'égard de Vichy. «Cette politique nous a fait perdre le rang et le rôle que nous devions tenir et nous a privés de notre neutralité et de notre indépendance», écrit-il de son exil - une villa de Saint-Jean-Cap-Ferrat où il file, à 21 ans, le parfait amour avec Giselle Pascal. En rendant seul responsable de l'attitude collaborationniste de Monaco le représentant de l'Etat français, il épargne donc son grand-père, Louis II et, par là, l'honneur des Grimaldi. Puis il montre qu'il a résolument choisi son camp en s'engageant dans l'armée française, ce qui lui vaudra d'être décoré de la croix de guerre. Ayant accédé au trône à la disparition de Louis II, en 1949, c'est face au général de Gaulle, treize ans plus tard, qu'il livre son premier combat de prince souverain: la mise en place de contrôles douaniers quelque peu folkloriques à la frontière franco-monégasque. L'affaire est plus sérieuse qu'il n'y paraît, car ce qui est en cause ce sont les conventions qui régissent les rapports entre les deux pays. La crise a été déclenchée par le refus de Rainier d'abroger une ordonnance souveraine qui aurait permis à l'Etat monégasque de prendre le contrôle de Radio Monte-Carlo en lieu et place de l'Etat français. Le ministre, Emile Pelletier, chargé d'obtenir cette abrogation, s'est fait éconduire sans ménagement: giflé peut-être, mis à la porte, certainement. Quoi qu'il en soit, la crise est là. L'affrontement paraît perdu d'avance pour le Lilliput monégasque, mais la légende de David contre Goliath se vérifie parfois. Si les accords d'octobre 1963 ont fait des victimes, c'est parmi les Français installés à Monaco après 1957 et qui sont soumis, dès lors, à l'impôt sur le revenu. On retiendra que cette mesure visait, en réalité, les rapatriés d'Algérie: de Gaulle n'avait pas voulu que les riches partisans de l'Algérie française, qui le vouaient aux gémonies, puissent trouver un refuge doré dans la principauté. Cependant, soucieux de préserver les intérêts de la France en Afrique noire, le Général fit une exception pour les Français implantés là-bas: ils ont pu continuer, en toute discrétion, à déposer leurs francs CFA dans les banques monégasques sans risquer d'être taxés. Un privilège qui a profité à ceux que l'on a appelés «les Corses d'Afrique», mêlés à l'affaire du casino d'Annemasse toujours à l'instruction et, peut-être, au financement occulte de son parti. Mais, pour le reste, Monaco est sorti vainqueur du conflit. Emile Pelletier le reconnaît, non sans amertume, dans ses Mémoires: «Les sanctions sont devenues récompenses et l'honneur de la France n'est pas sortie grandie de cette aventure.» Après de Gaulle, Onassis: le Greek tycoon figure aussi parmi les trophées du prince, fine gâchette par ailleurs, qui n'a eu de cesse d'étendre son territoire de chasse du château familial de Marchais, dans l'Aisne, où pullulent les sangliers. Lorsqu'il accoste, en 1951, l'armateur découvre une principauté en état de léthargie que son jeune souverain tente de réveiller en lui insufflant un dynamisme qu'elle a perdu avec la fin de la Belle Epoque. Mais c'est toujours un paradis fiscal. Aristote Onassis accepte de devenir actionnaire majoritaire de la Société des bains de mer (SBM), unique moteur économique de Monaco, et d'investir 1 million de dollars dans ses installations. Quinze ans plus tard, rien ne va plus. Onassis refuse de miser sur l'accueil d'une nouvelle clientèle: celle du tourisme d'affaires et de congrès, qui commence à se développer. Il ne veut pas, non plus, vendre ses actions. Alors Rainier promulgue une loi visant à la création de 600 000 actions de la SBM au bénéfice de l'Etat monégasque. Le tour est joué: la toute-puissante société qui gère le casino et les principaux hôtels et restaurants de Monaco est nationalisée! Elle le restera, même si, par la grâce d'une diversification des recettes imaginée et menée à bien par Rainier, les dividendes directs ou indirects qu'elle apporte au budget de l'Etat ont perdu de leur importance au fil du temps. Cette habileté manœuvrière qui consiste, façon Napoléon, à attaquer l'ennemi par surprise sur son point faible, au moment où la bataille semble perdue, Rainier a montré, récemment encore, qu'il la possédait au plus haut point. Et cela à l'occasion des accusations de blanchiment d'argent sale qui ont visé Monaco au cours de l'an 2000, avec, notamment, le rapport Montebourg-Peillon. Le tir était nourri et bien ciblé. La principauté semblait grièvement atteinte. C'était compter sans son prince. Le 31 octobre 2000, il exige publiquement de renégocier les traités franco-monégasques, de les «dépoussiérer». «Il faut rendre Monaco aux Monégasques.» «La principauté entend retrouver sa pleine souveraineté.». «Monaco ne peut accepter de se laisser traiter comme Paris vient de le faire»: le plus étonnant reste qu'il a été entendu. La principauté participe, aujourd'hui, à la solidité de la monnaie européenne Les diplomates se mettent au travail et Rainier est reçu par Jacques Chirac, le 8 novembre 2002, après la signature d'un nouveau traité en remplacement de celui de 1918. L'esprit du texte va dans le sens qu'il réclamait: c'est-à-dire une souveraineté et une indépendance accrues de Monaco envers de la France. Il est vrai que François Mitterrand avait capitulé - lui, sans combattre - lors d'une visite officielle en février 1984, en accordant à son hôte le bénéfice des eaux territoriales et celui de l'espace aérien, le privilège des télécommunications et un strapontin à l'ONU. On dit que le monarque républicain a été sensible à l'accueil princier que lui avait réservé le souverain de droit divin ainsi qu'au charme de la brune, belle, intelligente et cultivée princesse Caroline, très présente tout au long du premier séjour d'un président de la Ve République à Monaco. Rainier est donc le digne descendant du fondateur de la dynastie des Grimaldi, un certain François, surnommé «Malizia» (la Malice), qui s'était fait ouvrir les portes de la forteresse, entraînant derrière lui une cohorte de spadassins, en se faisant passer pour un moine franciscain. Habile tacticien, le prince l'est à coup sûr, mais ce n'est pas tout: si Monaco, sous son règne, a toujours gagné contre la France, c'est que cette principauté, qui n'est pas d'opérette, dispose d'atouts que personne ne tient à remettre en question. «Monaco est une machine à faire de l'argent», avait déclaré le prince Rainier lors d'une interview télévisée voilà une vingtaine d'années. Il s'était bien gardé de dire pourquoi, pour qui et comment. Avec ses 45 banques, ses 360 000 comptes (10 par habitant) et ses 60 milliards d'euros de dépôts - une somme qui double tous les cinq ans - la principauté participe, aujourd'hui, à la solidité de la monnaie européenne comme elle a participé, hier, à celle du franc. Car son argent profite à 80% à l'économie française. Si Monaco n'existait pas, il faudrait l'inventer… Mais l'élément décisif pour la pérennité de ce coffre-fort est l'intérêt qu'y trouvent de grandes entreprises ainsi que des personnalités ou partis politiques de tout bord. Le krach de la Banque industrielle de Monaco, en 1990, avait révélé l'existence d'un système de prête-noms quasi institutionnalisé. Avec, pour objectif, de préserver l'anonymat des véritables détenteurs de sommes considérables exemptes de toutes taxes sur les revenus de leur placement. Et aussi, pour les entreprises, la possibilité de distribuer aux administrateurs, non soumis à l'impôt et choisis en conséquence, jusqu'à 90% de leurs bénéfices. Voilà de quoi alimenter d'innombrables «caisses noires». De même que la structure des sociétés anonymes monégasques (SAM) et des sociétés civiles immobilières (SCI), pour lesquelles n'apparaît que le nom du gérant - résident ou homme de paille de nationalité monégasque - garantit l'opacité des capitaux engagés. Argent noir des trafics en tout genre ou argent gris de l'évasion fiscale? Tandis qu'il répliquait vertement aux accusations de la mission parlementaire française, le prince Rainier avait décidé de lancer la chasse au premier pour mieux protéger le second. Et ce afin de perpétuer un système bancaire et fiscal qui est le principal moteur de la prospérité de son pays et dont il a toujours été un ardent défenseur. Mieux: il l'a renforcé par la loi du 28 décembre 1999, qui interdit toute extradition, «lorsque l'infraction a été commise en matière d'impôts, de taxes ou autres droits de douane ou de change». Ce qui fait de Monaco le refuge rêvé des fraudeurs du fisc poursuivis dans leur pays. Ce pragmatisme, il l'a également démontré dans les conflits avec les grandes familles qui se sont longtemps arrogé les pouvoirs accordés au Conseil national, le Parlement monégasque. Furieux de voir ses prérogatives contestées par son ex-beau-frère, le notaire Jean-Charles Rey, surnommé «Juan Carlos», et ses affidés, il suspendit le Conseil national puis «ravala» la Constitution, vieille d'un demi-siècle. Promulgué le 17 décembre 1962, le nouveau texte stipule que les femmes ont le droit de voter, qu'elles sont éligibles et que la peine de mort est abolie. Et, aussi, que cette Constitution ne peut plus être suspendue ni modifiée, sans l'accord des élus. Ce «détail» a pris toute son importance lors du conflit larvé mais bien réel qui a, de nouveau, opposé le souverain au Conseil national - encore dominé par les grandes familles - à la fin de 2001 et au début de 2002. Une fois encore Rainier la Malice a su faire preuve d'habileté et de détermination en jouant le jeu des modernes à l'encontre des anciens. A l'issue d'un bras de fer de plusieurs mois, il a imposé au Conseil national, en avril 2002, le vote d'une modification de la Constitution. Les élus obtenaient le droit d'amendement sur les projets de loi laissés, cependant, à la seule initiative du gouvernement, c'est-à-dire du prince; ainsi que celui de ratifier les traités internationaux impliquant un financement de la part du budget de l'Etat, dont le vote demeurait leur apanage. Mais ces avancées accordées au Parlement cachent mal deux autres modifications auxquelles les élus ont tenté, en vain, de s'opposer: l'abaissement de l'âge de la majorité à 18 ans et l'instillation d'une dose de proportionnelle dans la loi électorale. La rémunération minimale garantie à un croupier du casino est fixée à 5 500 euros par mois Avec ce semblant de démocratisation, le prince Rainier a réalisé un coup double: faciliter l'entrée de Monaco au Conseil de l'Europe - son dernier cheval de bataille dans son obsession de gagner des parts de souveraineté - et préparer sa succession en mettant en œuvre, au bénéfice de son fils, ce vieil adage: diviser pour mieux régner. Il a réussi au-delà de ce qu'il pouvait espérer. Le 20 février dernier, Stéphane Valéri, chef d'entreprise de 41 ans, a été élu président du Conseil national, après l'écrasante victoire de sa liste sur celle des sortants du Dr Jean-Louis Campora (voir l'encadré). En acceptant des changements qu'ils n'avaient pas voulus, les seigneurs du Rocher ont été contraints de suivre un autre précepte, typiquement monégasque celui-là: «Fo avala d'afè e scüpe d'amè» («Il faut avaler amer et cracher doux»). Ce qui peut s'interpréter comme «faire contre mauvaise fortune bon cœur». Mais cela n'a pas suffi. L'immense majorité des électeurs a entendu le message envoyé par le palais princier. Il y a belle lurette que le souverain monégasque s'est assuré du soutien inconditionnel de ses sujets. Ce n'est pas pour rien qu'ils l'appellent, entre eux, «le Patron». Il y a dans l'expression un mélange d'affection, de respect, d'admiration et de reconnaissance pour «leur» prince qui a su transformer un «rocher sur lequel on ne peut rien semer, ni cueillir» en une entreprise au chiffre d'affaires annuel estimé à 7,62 milliards d'euros. Pour 34 000 habitants, dont un cinquième de nationalité monégasque. Qui dit mieux? Parallèlement, le budget de l'Etat a suivi une courbe exponentielle. Les recettes ont été multipliées par 20 en trente ans en passant de 190,77 millions de francs (1970) à 3 903,96 millions de francs (2000). Tandis que les dépenses en investissements et équipements dépassaient le tiers de ces sommes et cela sans vider un bas de laine constitutionnel variant autour des 16 milliards de francs. Cette prospérité, inédite dans l'histoire du pays, profite, peu ou prou, à chacun des 6 700 Monégasques. Ces derniers sont parmi les citoyens les plus choyés du monde. Ils n'acquittent ni taxe ni impôt. Certaines professions - médecin, avocat, notaire, huissier, pharmacien, architecte - leur sont réservées et, pour les autres emplois, ils bénéficient de la préférence nationale. Il n'y a donc pas de Monégasques chômeurs: ils n'occupent que 21% des 40 000 emplois disponibles sur leur territoire (les Français, 60%). Les diverses allocations font qu'il n'y a pas, non plus, de Monégasques pauvres ou mal logés. A titre d'exemple, la rémunération minimale garantie à un croupier du casino - la profession de prédilection des sujets de Son Altesse Sérénissime - est fixée à 5 500 euros par mois. Enfin, il est toujours beaucoup pardonné à tous les Monégasques: l'indulgence du prince est infinie. Des employés du casino, virés pour avoir détourné de l'argent, ont obtenu une licence de taxi, ce qui, à Monaco, constitue une confortable rente. Mais à tout seigneur tout honneur: Rainier a amassé une fortune estimée à 2 milliards d'euros. En fournir le détail relève du secret d'Etat: il a toujours été particulièrement bien gardé. Tout juste sait-on qu'il possède 3% des actions de la SBM et deux collections de très grande valeur: l'une d'automobiles anciennes et l'autre de timbres, réputée la troisième plus importante au monde. Sa passion pour la philatélie enfièvre non seulement le collectionneur, mais aussi l'homme d'affaires. Pour ne pas dire l'affairiste. Voilà ce qu'a révélé un dossier instruit par le juge Jean-Pierre Murciano, de Grasse. La perquisition chez l'un des protagonistes, mis en examen pour escroquerie, avait entraîné la saisie de copies de chèques d'un montant total de 2,30 millions d'euros émis au bénéfice personnel du souverain monégasque. Celui-ci avait vendu, à son propre compte, les blocs feuillets non dentelés issus de la fabrication de nouveaux timbres à la gloire de Monaco et de ses princes et princesses. Ce sens des affaires, on le retrouve dans ce qui a fait l'essentiel de sa fortune: l'immobilier. Outre le château hérité de son grand-père à Marchais et une propriété d'été au mont Agel, au-dessus de Monaco, il s'est rendu propriétaire, dans la principauté, de plusieurs boutiques de souvenirs, d'une agence de voyages et de quatre immeubles locatifs. Dont La Belle Epoque, devenu célèbre depuis l'incendie qui a provoqué la mort d'Edmond Safra, le richissime banquier qui habitait un appartement de 1 000 mètres carrés loué 500 000 euros l'an à Son Altesse. C'est dire que le souverain monégasque n'a jamais négligé le filon du béton transformé en or: jusqu'à 15 000 euros le mètre carré. Tout a été fait pour ne pas le tarir. Ce n'est pas pour rien que les notaires ont été soigneusement exclus de la liste - fixée par une ordonnance souveraine du 22 avril 2000 - des professions soumises à la déclaration de soupçons dans la lutte contre le blanchiment - à laquelle la principauté a fini par se rallier. Tout en continuant à fermer les yeux sur l'origine des fonds investis par les étrangers dans l'immobilier, il fallait pouvoir construire davantage. Rainier s'est attaché à agrandir la surface du territoire national, passée, en un demi-siècle, de 150 à 200 hectares dont 40 gagnés sur la mer. C'est la seule façon de répondre, serait-ce partiellement, à l'afflux de candidats à la résidence monégasque, attirés qu'ils sont par les avantages financiers de ce paradis fiscal. Souvent présenté comme visionnaire - «Il anticipe bien», assure l'un de ses anciens conseillers - Rainier a su ajouter, dès le début de son règne, un argument devenu irrésistible au fil des années: la sécurité. Tandis que le prestige de Monaco ne cessait de croître, sous l'effet de la médiatisation de la famille princière. Ce n'est pas un hasard si la courbe du développement économique de la principauté a commencé à se redresser avec le mariage, en 1956, de Rainier et de Grace, du prince charmant et de la star de Hollywood. Depuis, on ne compte plus les articles, émissions de radio et de télévision, qui ont eu pour sujet, aux quatre coins du monde, les heurs et malheurs des princes et des princesses monégasques. En épousant Grace Kelly, le descendant des Grimaldi avait, également, trouvé son complément idéal dans l'exercice de ses prérogatives de souverain et de chef d'Etat: «Elle et moi formions vraiment une bonne équipe.» Ensemble, ils ont fondé une vraie famille. Rainier a toujours su se montrer un père attentif envers ses enfants, et un grand-père modèle. Il n'a jamais voulu se remarier ni déroger au principe d'éducation qu'ils avaient choisi, lui et Grace, pour leurs enfants: leur laisser faire leurs propres expériences, respecter leurs choix après leur avoir donné un avis et des conseils appropriés. Et, surtout, rester à leur écoute. Quoi qu'il advienne, ne jamais rompre avec eux: «Laisser ma porte ouverte, confie-t-il. Pour moi, c'est l'essentiel.» Grace fut la seule, avec Loulou Marsan, son ami d'enfance, à pouvoir réellement infléchir ses choix. Sinon, Rainier a toujours justifié sa réputation d'homme peu influençable et porté à un exercice solitaire et tatillon du pouvoir. Les personnels de la prison doivent-ils changer d'uniforme? Le prince fait organiser un défilé dans une salle du palais pour choisir lui-même leur prochain costume. Le parc moto de la police doit-il être renouvelé? On lui présente les différents modèles et il désigne celui qui sera retenu. Capable de colères aussi soudaines que dévastatrices, il cultive volontiers la défiance et la fidélité. A son fils, il a donné ce conseil: «Les vrais amis, et ils sont forcément rares, tu les reconnaîtras au fait qu'ils ne te demanderont aucune faveur.» Rien d'étonnant donc que, en regard de cette exigence, il se soit montré fidèle à ceux - une poignée - qu'il a jugés dignes de sa confiance. Il n'a jamais été entouré que de quatre conseillers, tous de vieilles connaissances, formant l'effectif de son cabinet. Le saint des saints où aboutissent toutes les informations, même les plus insignifiantes, et où se prennent toutes les décisions, même les plus anodines. En fait, le pays a deux gouvernements. L'officiel, dirigé par le ministre d'Etat assisté de trois ministres, et le cabinet princier. Le problème est de savoir dans quel sens tourne l'aiguille, murmure l'un des membres importants du Conseil national. Est-ce que le texte qu'on nous demande de voter émane du gouvernement ou, directement, du cabinet? Autrement dit, s'agit-il de la volonté du prince ou d'un projet propre au ministère d'Etat?» Cette ambiguïté n'est pas fortuite. Parfait Machiavel, Rainier en a usé pour se servir du gouvernement comme d'un bouclier lors des crises qui ont jalonné son règne. Mais, en définitive, il décide de tout, et seul. Avec le souci de ne pas gaspiller le moindre centime, qu'il appartienne à l'Etat ou vienne de sa bourse personnelle. Un notable, souvent invité aux dîners organisés au palais princier, raconte qu'il est préférable d'être placé aux côtés du prince Ernst de Hanovre si l'on veut boire à satiété. On profite alors de l'intempérance - bien connue - du troisième mari de Caroline au lieu d'être soumis au régime des autres convives, réduits, par mesure d'économie, au strict minimum. Solitaire, Rainier l'est également dans sa vie privée depuis le décès de Grace, le 13 septembre 1982. Peu enclin, par nature, à se complaire dans les mondanités, il n'a plus accepté que celles inhérentes aux devoirs de sa charge. Il préfère se retrancher dans son atelier de sculpteur et de soudeur. Il adore découper les tôles, assembler des bouts de ferraille et composer des œuvres en métal. «A Marchais, je ne laisse à personne le soin de réparer les engins de la ferme, dit-il. Plus généralement, le travail manuel me détend de mes activités de bureau.» Ce timide, qui communique plus volontiers par écrit qu'oralement, ne se sent vraiment à l'aise qu'avec ses proches ou les animaux, fussent-ils réputés «sauvages». Sa passion pour le cirque n'est pas feinte. Elle l'a conduit à organiser à Monaco, chaque année depuis 1974, un festival unique au monde. «Nous nous réunissons au palais avec le prince Rainier et la princesse Stéphanie, à laquelle son père a transmis le virus, pour visionner les vidéocassettes venues du monde entier, raconte le Dr Alain Frère, maire de Tourrette-Levens, près de Nice, et, surtout, grand spécialiste en la matière. Toujours très méticuleux et perfectionniste, le prince prend des notes, puis nous fait connaître son choix. Je peux affirmer qu'il ne se trompe jamais sur la qualité. En particulier quand il s'agit de numéros de dressage, il sait reconnaître la vraie complicité entre l'homme et l'animal.» La raison profonde de son attachement, jamais démenti, pour le cirque, on la trouve dans la préface du programme du premier festival, en décembre 1974: «Dans ce rond de lumière, personne ne peut tricher», a écrit Rainier. Outre le cirque, Son Altesse a une passion pour le football. Il faut qu'il soit malade pour qu'il renonce à assister à un match de «son» équipe. Mais, dès qu'il se rétablit, il revient prendre place dans la loge princière, où il se comporte tel un supporter de base, se laissant aller aux applaudissements et à l'invective. Comme ce jour de 1968 où il échangea un bras d'honneur vraiment peu diplomatique avec Jérôme Claudel Legros, joueur d'Angoulême et, subsidiairement, consul d'Haïti à Bordeaux. L'exercice d'un pouvoir quasi absolu avec, à ses heures de loisir, la sculpture du métal, le cirque et le football, n'aurait pas suffi à l'aider à surmonter aussi longtemps les tragédies et la maladie - un triple pontage, l'ablation partielle d'un poumon à la suite d'un cancer et une succession d'infections broncho-pulmonaires - si Rainier n'avait été doté d'une ténacité exceptionnelle. «C'est un roc», assure l'un de ses conseillers. Le qualificatif doit l'enchanter. Le roc - «a rocca» - c'est le Rocher sur lequel flotte depuis plus de sept cents ans le blason des Grimaldi.
ericjeanloicbreton, 2003-05-28 12:29:43
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COPIES CD protégés : l'UFC contre-attaque L'association assigne plusieurs producteurs et distributeurs pour des verrous qui rendent inécoutables certains disques sur certains appareils. Certains CD contiennent juste des données au début des plages, en les rayant, on débloque le CD qui peut être lu par n'importe quel ordinateur L'organisation de défense des consommateurs UFC-Que Choisir a annoncé mardi qu'elle assignait en justice plusieurs majors du disque ainsi que deux chaînes de grande distribution pour protester contre les systèmes de protection qui «verrouillent» certains CD et DVD, empêchant les acheteurs de les copier ou même de les écouter sur certains appareils. Dénonçant un «scandale des CD inaudibles», l'UFC-Que Choisir «accuse les grandes maisons de disques de 'verrouiller' les CD au mépris du droit des consommateurs». L'organisation précise dans un communiqué avoir décidé d'assigner en justice EMI Music France, Warner Music France, Universal Pictures Video, ainsi que les distributeurs Auchan et la FNAC, dans trois dossiers distincts. La question de la copie privée L'association diffuse également sur son site web une liste de plusieurs centaines de disques protégés par un système technique qui «empêche les consommateurs de faire des compilations, de transférer les plages d'un disque acheté sur un baladeur numérique ou de réaliser une duplication autorisée», ou les rend illisibles sur certains lecteurs (micro-ordinateurs, autoradios ou baladeurs). Aux yeux de l'UFC, ces protections «violent le droit à la copie privée» et «constituent un vice caché quand elles empêchent les consommateurs de lire leur disque» sur leur lecteur, a précisé Gaëlle Patetta, du service juridique de l'association. L'UFC espère «obtenir la suppression de ces systèmes», a-t-elle déclaré. "Un vrai fléau" L'UFC rappelle que le droit à la copie privée est reconnu par le code de la propriété intellectuelle et qu'en contrepartie les consommateurs français ont acquitté «une redevance de 135 millions d'euros» en 2002 sur tous les achats de supports vierges. De son côté, le directeur du disque à la FNAC Rodolphe Buet a assuré que «le piratage est un vrai fléau» contre lequel l'industrie du disque «doit se protéger», même si le logiciel de protection contenu sur les CD «n'est pas forcément la seule réponse». Interrogé par l'Associated Press, il a souligné avoir «alerté les éditeurs il y a plusieurs mois» après plusieurs plaintes de clients, et souhaite trouver avec eux «des outils qui garantissent les droits des artistes comme ceux des clients». Contactées à plusieurs reprises dans la journée de mardi, les maisons de disques mises en cause par l'UFC-Que Choisir n'étaient pas en mesure de faire de commentaires sur ce dossier. Depuis plusieurs mois, les éditeurs de CD audios et de DVD ont mis en place des systèmes techniques empêchant la copie des disques. Les majors entendent ainsi mettre un terme à la copie illégale ou aux échanges de fichier entre les internautes. AP
ericjeanloicbreton, 2003-05-28 12:17:25
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